14/05/2020

Confinement et addictions : pourquoi les Français ont-il changé de comportement ?

Selon l’étude “Confinement, télétravail et comportements addictifs : le point de vue des français” réalisée par Odoxa pour le cabinet de conseil GAE en avril 2020, la pandémie a poussé les salariés au chômage partiel et en télétravail à surconsommer des produits addictifs. Retour sur les résultats obtenus auprès de 1 003 salariés français.

Les effets du confinement sur les comportements addictifs

Être confinés à domicile pendant plusieurs semaines, voilà une situation à laquelle les Français n’étaient pas préparés… du tout. Face aux mesures strictes imposées par le gouvernement, de nombreux salariés au chômage partiel ou en télétravail ont succombé à l'addiction d’un verre d’alcool, d’une cigarette de plus ou de quelques heures sur l’écran par jour.

La consommation de tabac et alcool a considérablement augmenté

Le premier chiffre de l’enquête révèle que 5,5 millions de Français ont augmenté leur consommation d’alcool pendant le confinement, notamment les CSP +. Ce phénomène est d’autant plus important que les apéros virtuels entre collègues ou en famille ont été l’un des rituels les plus salvateurs pour les salariés français confinés. Les rendez-vous au bar ou au restaurant ont été remplacés par des rendez-vous virtuels, à travers des écrans, caméra et micro allumés pour profiter ensemble de ce moment hors du temps.

L’étude révèle également que 27% des fumeurs de tabac ont augmenté leur consommation ces deux derniers mois. De la même façon, 1 fumeur de cannabis sur 4 avoue avoir davantage fumé. Là encore, les mesures de confinement ont engendré un sentiment d’ennui, d’inutilité et ont incité les fumeurs à allumer cigarette sur cigarette, les occupant ainsi quelques minutes par jour.

Pour 19% des répondants, ils ont avoué manger plus que d’habitude. Des enquêtes parallèles ont révélé que les Français auraient pris 2,5 kilos en moyenne pendant le confinement. La faute aux apéros virtuels une fois encore ? Pas forcément ! La pénurie de farine à laquelle les grandes surfaces ont dû faire face prouve que les salariés confinés ont profité de leur temps libre pour cuisiner, seul(e) ou en famille. Une bonne excuse pour occuper les enfants tout en satisfaisant la gourmandise. Plus que jamais, les boulangers et les pâtissiers ont eu une concurrence importante ; les gâteaux et les pains maison ont alimenté les comptes Instagram pendant plusieurs semaines. Et une fois confectionnés, il ne reste plus qu’à les manger !
 
Quant à l’utilisation des écrans, plus de 50% des Français ont augmenté leur temps de présence sur le web, devant les jeux vidéo ou encore les séries TV. Pour occuper leurs journées, les salariés au chômage partiel ou en télétravail ont trouvé de nouvelles passions à travers leur écran d’ordinateur ou de télévision. Ils sont 38% à avoir passé plus de temps sur les réseaux sociaux qu’avant le confinement.

L’ennui et la surcharge de travail sont les causes d’une surconsommation

Pour 60% des répondants à l’enquête, la principale raison qui les a incités à modifier leur comportement est l’ennui. Dans une société où nous n’avons jamais le temps de nous poser, le confinement nous a poussés dans nos retranchements et nous avons de nouveau été confrontés à ce sentiment d’ennui, d’inactivité qui peut s’avérer angoissant pour de nombreux actifs. 55% des salariés interrogés estiment que la perte de repères et le changement de leurs habitudes de vie est à l’origine de leur changement de comportement. Ils sont 50% à attribuer leur surconsommation à l’angoisse de l’épidémie de coronavirus.

Plus inquiétant encore, 42% des actifs sont inquiets pour leur avenir professionnel et ont donc compensé par l’alcool, le tabac ou les écrans. Enfin, pour 22% des répondants, la surcharge de travail à la maison est la cause de leur consommation excessive de produits addictifs.

Ainsi, pour lutter contre le stress et mieux dormir, 22% des consommateurs de médicaments psychotropes ont augmenté leur consommation d’anxiolytiques ou de somnifères aux mois de mars et avril.

Les salariés comptent sur le gouvernement, les mutuelles et leurs employeurs

Face à leurs addictions, les salariés se sentent seuls, isolés. Ils sont 46% à estimer que le gouvernement n’a pas agit à ce sujet. Déjà très occupé à gérer la crise sanitaire, le problème des addictions liées au confinement n’a (presque) jamais été évoqué lors des allocutions officielles. Pourtant, les impacts de ces comportements peuvent s’avérer problématiques pour l’après-crise. Le retour au travail des salariés qui ont perdu le contrôle pendant le confinement risque d’être particulièrement compliqué. Si les employeurs ont un rôle important à jouer dans la santé de leurs salariés, 50% des répondants estiment que leur entreprise n’agit pas du tout sur la prévention des addictions. Là encore, nombreux sont les employeurs à ne pas avoir anticipé le phénomène de crise sanitaire auquel nous sommes toujours confrontés. Les dirigeants d’entreprise n’ont pas tous mesuré l’importance de leur statut dans une situation pareille et la communication de crise auprès des salariés n’est pas toujours une priorité, malheureusement.

Enfin, 71% des Français estiment que les mutuelles ou assureurs ont pour mission de proposer une ligne d’écoute spécialisée en addictologie, et pas seulement en cas de crise sanitaire. Pourtant, ce n’est pas une prestation encore répandue et 47% des Français ont l’impression que ces organismes n’agissent pas du tout actuellement. Nul doute que la crise du Covid-19 aura de nombreuses répercussions sur les prestations proposées par les entreprises privées et publiques pour aider les Français à surmonter une situation complexe, anxiogène et inédite.

Source : "CONFINEMENT & TÉLÉTRAVAIL aspects juridiques et gestion des conduites addictives à distance : les bonnes pratiques" (PDF)