08/04/2020

Covid-19 : témoignage d’un chargé d’affaires en industrie qui n’est pas soumis au confinement

Christophe a 30 ans et il est responsable de l’atelier de production dans une entreprise industrielle prestataire d’EDF. Pour lui, le confinement à domicile n’aura duré qu’une journée. Depuis le jeudi 19 mars, il se rend à l’entreprise en respectant des mesures d’hygiène stricte. Il a accepté de témoigner pour ne pas qu’on oublie que les industriels aussi sont sur le pied de guerre.

Pouvez-vous nous présenter votre activité professionnelle ?

Je travaille au sein d’une entreprise spécialisée dans la chaudronnerie et la tuyauterie industrielle. Nous travaillons principalement pour EDF et ses centrales nucléaires. Nous réalisons des opérations de maintenance, de réparation et des arrêts d’unité. Enfin, nous menons également des projets neufs pour l’ajout de cuves, de tuyauteries ou encore d’unités.

Depuis quelques mois, j’occupe deux postes stratégiques au sein de la société. D’un côté, je suis chargé d’affaires et de l’autre, je suis responsable de l’atelier de production. Je suis donc en relation directe avec les clients, les fournisseurs et les sous-traitants pour mener les projets qui me sont confiés. En parallèle, je dirige une équipe de trente soudeurs, tuyauteurs, et chaudronniers. Pour cette mission, je suis épaulé par un chef d’atelier, deux chefs d’équipe et un magasinier. Pour faire simple, mon rôle de responsable de l’atelier consiste à aiguiller mes collègues dans la production de pièces pour nos clients.

Face au coronavirus, quelle organisation avez-vous mis en place ?

Lorsque le Président a annoncé le confinement de la population, nous avons réfléchi à la meilleure façon de protéger nos salariés mais aussi de répondre à nos clients qui n’ont pas stoppé leurs activités et qui ont des besoins urgents pour faire fonctionner les centrales nucléaires.

Au final, nous n’avons été confinés que le mercredi 18 mars. Lors de cette journée, j’ai enchaîné les conversations téléphoniques avec mes responsables et mes collègues de l’atelier pour organiser la reprise de l’activité dès le lendemain matin à 07h00. Ensemble, nous avons fait le point sur les chantiers prioritaires pour assurer la sûreté des centrales nucléaires. J’ai constitué une petite équipe de dix personnes pour rejoindre l’atelier, ce qui représente un tiers du personnel habituel. La majorité de mes collègues de bureau sont en télétravail. Certains sont en arrêt pour garder leurs enfants ou en chômage partiel jusqu’à nouvel ordre.

Vos collègues de l’atelier étaient-ils réticents à retourner travailler ?

Dans l’ensemble, tous les soudeurs et tuyauteurs que j’ai eu au téléphone étaient partants. Certains semblaient même assez contents de retrouver une activité professionnelle. Lors de mes appels, je leur expliquais les mesures d’hygiène qu’ils devront respecter une fois dans l’entreprise. Tous ont joué le jeu, conscients des risques qu’ils prenaient.

Avez-vous pris des mesures de sécurité et d’hygiène particulières pour vos collègues ?

Dans notre secteur, la sécurité et la santé sont des sujets que nous abordons régulièrement, notamment lors de causerie de sensibilisation. Evidemment, nous avons dû réfléchir rapidement à la mise en place de mesures strictes pour assurer la santé et la sécurité de nos salariés. Tout d’abord, nous avons fourni l’attestation employeur qui les autorise à se rendre à l’entreprise. Elle est indispensable en cas de contrôle par les forces de l’ordre.

Compte tenu de nos métiers, nous avions un stock de masques et de gants disponibles à l’atelier. Nos soudeurs portent également des masques avec visière intégrale ce qui les protège davantage. Chaque jour, nous désinfectons les vestiaires, les sanitaires et le réfectoire pour qu’ils puissent continuer à les utiliser en toute sérénité.

Nous avons également limité à cinq le nombre de personnes présentes dans un bâtiment en même temps. Pour les repas, nous avons mis en place un système de rotation de 11 heures à 14 heures afin que tout le monde ne se retrouve pas confiné au même endroit.

Quels sont les impacts du coronavirus sur les activités de votre entreprise ?

Inévitablement, le Covid-19 impacte notre production, même si nos clients continuent de travailler et que nos équipes sont en télétravail. Nous sommes dépendants de nos fournisseurs et de nos sous-traitants. Aujourd’hui, nous ne savons pas s’ils pourront tenir la cadence sur le long terme. En cas de problème d’approvisionnement, nous ne pourrons pas produire même si nous sommes en nombre. Il est encore trop tôt pour mesurer les impacts du coronavirus mais ils seront nombreux et difficiles à surmonter.

Comment envisagez-vous la suite du confinement ?

Pour le moment, nous pouvons occuper nos équipes de production pour trois semaines, voire un mois. Au delà, nous craignons que les commandes et les approvisionnements se fassent plus rares. Nous aviserons au moment venu pour trouver des solutions qui répondent aux besoins de nos clients tout en veillant à la sécurité de nos salariés.

Peut-on craindre une panne d’électricité générale en France ?

En toute honnêteté, je ne sais pas si cela est possible. Ce qui est certain, c’est que l’électricité est plus que jamais indispensable pour toutes les personnes qui sont confinées chez elles. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que le secteur des énergies est considéré comme “essentiel”, au même titre que la santé, les transports ou encore l’agroalimentaire. Tout comme le pétrole ou l’eau, nous avons tous besoin d’électricité pour vivre.

EDF a récemment communiqué sur l’arrêt des opérations de maintenance en raison du confinement. Mais rassurez-vous, les centrales nucléaires continuent de produire l’électricité nécessaire, tout comme les raffineries qui produisent toujours du carburant.